Analyse des régimes sylvicoles

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La détermination des régimes sylvicoles appliqués actuellement et l’évaluation des possibilités de conversions d’un régime à l’autre représentent les deux thèmes centraux de cette analyse.

Détermination des régimes

La détermination des régimes appliqués aux peuplements n’est pas forcément simple. Le régime sylvicole n'est pas à proprement parlé une caractéristique descriptive d'un peuplement. Il représente une décision prise par le sylviculteur et informe sur le type de traitement, en particulier le mode de régénération, afin de maintenir ou d'atteindre un type de structures verticales particulières. Si aucune indication n’est disponible sur les régimes appliqués, la description de la structure verticale des peuplements peut servir de base à cette estimation. La détermination des degrés de recouvrement minimum et maximum pour l’ensemble du peuplement, ainsi que celui de la strate inférieure, intermédiaire et principale permet de faire une distinction assez claire entre les différents régimes sylvicoles. Par exemple, un degré de recouvrement de chaque strate qui se situe entre 0.3 et 0.7 et un degré de recouvrement général égal à 1 indique probablement un peuplement traité selon le système du jardinage classique ou par groupes.

Conversion

Les conversions d’un régime à l’autre sont susceptibles d’être longues et coûteuses compte tenu de la lente croissance des arbres et du changement radical du mode de rajeunissement à effectuer. Cela vaut d’autant plus que la différence entre l’état actuel du peuplement et la structure désirée est grande et que la composition en essences est homogène. La présence d’une seule essence et une période de conversion très longue (plusieurs décennies) impliquent une mise en valeur sub-optimale du potentiel de production de la majorité des arbres puisque leur exploitation est étalonnée pendant toute la durée de la conversion. La Fig. 39 infra illustre cette problématique à l’exemple d’une conversion d’un peuplement de hêtres homogène en un peuplement irrégulier. Les trois premiers graphiques présentent le peuplement à intervalles de 30 ans pendant la conversion. Le quatrième met en évidence le problème d’une exploitation trop forte et trop rapide de la strate principale avec, pour conséquence, la formation de deux strates en lieu et place d’une structure étagée. Le peuplement est présenté selon une vue verticale et horizontale. Le peuplement restant est visualisé par une couleur foncée, alors que les rectangles et les cercles de couleur claire représentent les nouvelles générations d’arbres. Leur âge est indiqué selon l’intervalle considéré.

Fig. 39 Conversion d'un peuplement de structure verticale régulière en une structure irrégulière à l'équilibre

Projection d'un peuplement de face (x, z) et sur un plan horizontale correspondant au sol (x, y). Les trouées de rajeunissement et les groupes d'arbres qui s’y sont établis sont visualisés par des cylindres de couleur claire (représentés rsp. par des rectangles et des cercles). Les cercles ne sont intentionnellement pas positionnés de manière systématique. La couleur foncée représente le peuplement restant. Conditions de départ: peuplement pur de hêtres de 80 ans, indice de fertilité de 22 m (hdom à l’âge de 50 ans), période de production de 100 ans, surface de référence de 0.5 ha, trouée de rajeunissement de 5 ares. Les tables de production pour le hêtre (Badoux, 1983) <ref>BADOUX, E. 1983: Tables de production pour le hêtre, l'épicéa, le sapin et le mélèze en Suisse. Institut fédéral de recherches forestières, Birmensdorf.</ref> ont servi de référence pour la détermination de la croissance en hauteur. A noter que celle-ci est probablement plus lente en jeunesse à cause de l’ombrage du voisinage. DR: degré de recouvrement de l'étage considéré (inférieur, intermédiaire ou supérieure), hdom: hauteur dominante.

Dans cet exemple, la conversion se fait en procédant par des trouées de 5 ares chaque 10 ans. La grandeur de la trouée doit permettre d’assurer un établissement et un développement satisfaisant des arbres, de manière à ce qu’ils puissent remplacer à long terme les arbres de l’étage supérieur qui forment l’ossature du peuplement. Le nombre de trouées par période d’intervention dépend de la période de production d’un groupe d’arbres et de la surface du peuplement. La période de production débute avec l’établissement d’une nouvelle génération d’arbres conséquente à la formation d’une trouée et se termine avec l’exploitation du groupe d’arbres ainsi formé. Dans l’exemple et pour simplification, cette période est équivalente à 100 ans. La surface du peuplement est de 0.5 ha. Par un calcul simple, analogue à celui utilisé pour la détermination de la surface de rajeunissement durable dans le cadre du système de la coupe progressive (cf. Structure démographique à l'équilibre et effort de renouvellement), le nombre de trouées de 5 ares à effectuer chaque 10 ans est de 1 (50 ares / (100 ans /10 ans) = 5 ares).

Une manière simple d’obtenir une vue d’ensemble des possibilités de ce genre de conversion consiste à quantifier la différence entre l’état actuel d’un peuplement et l’état souhaité, soit l’état à l’équilibre. Cette durée est d’autant plus grande que cette différence est importante. Elle est égale à la période de production pour un peuplement avec une strate supérieure homogène et fermée. L’état souhaité est décrit selon un domaine de valeurs que peut prendre le degré de recouvrement de chaque strate, respectivement de chaque étage, d’un peuplement comme mentionné précédemment. La somme de la différence absolue pour chaque strate (i) du degré de recouvrement actuel avec ce domaine de valeurs (DRMin et DRMax) permet de quantifier cette différence (DgDiffEtat) selon la formule 1 infra.

Si le domaine de valeurs de référence est de [0.4 - 0.6], cette somme peut atteindre au maximum 1.2. Ce nombre correspond à un peuplement avec seulement une strate supérieure fermée.

Le problème lié à la mise en valeur du potentiel de production de chaque arbre peut être estimé en tenant compte de la diversité du mélange des peuplements. Ce potentiel peut être utilisé d’autant mieux que le nombre d’essences dont les périodes de production sont différentes est élevé. La proportion (Pp) respective de ces essences regroupées par périodes de production équivalentes (j) doit aussi être prise en considération. Un peuplement avec une essence fortement représentée offre moins de flexibilité qu’un peuplement constitué de plusieurs essences en proportion plus ou moins similSaires. Un degré de coût de conversion (DgCtCv) est proposé par la formule suivante. N(j) correspond au nombre de groupes d’essences.

Le premier terme de la fonction est pénalisant pour les peuplements peu mélangés, le deuxième pour les peuplements avec un mélange peu équilibré. La valeur maximale que peut prendre DgCtCv est de 1,25. C’est le cas des peuplements composés d’une seule essence<ref> Dans ce cas, une essence supplémentaire fictive avec une proportion de 0% est prise en compte dans l’application de la formule. </ref>. Le calcul peut se faire en regroupant les essences dont le rythme de croissance est plus ou moins similaire, par exemple le sapin, l’épicéa et le mélèze (cf. Tab. 10 p. 74)<ref>Il convient d’adapter la manière de calculer la différence absolue de la formule en considération de la précision des données concernant les proportions de chaque essence dans un peuplement. Si celle-ci est de 10%, cette différence est nulle pour toute proportion se situant à +/- 10% de la proportion moyenne. Par exemple, si le nombre de groupes d’essence est de 4 et les proportions respectives de ces groupes est à deux reprises 20% et dans les deux autres cas de 30%, le DgCtCv est égal à 0. </ref>.

Références

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